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Affaire Gaymard, affaire Copé, scandale des ventes d’immeubles «à la découpe», l’immobilier passionne les Français. Au fond, ils ont peu changé depuis... 1789.
Mars 2005. En mars 1789, deux mois avant la convocation des Etats Généraux à Versailles et quatre mois avant la prise de la Bastille, des millions de nos ancêtres étaient occupés à rédiger les Cahiers de Doléances. Nous l’avons appris à l’école: des petits cahiers, village par village, où les sujets du roi se plaignaient de ce qui n’allait pas. Il est amusant de relire aujourd’hui les Cahiers de Doléances : personne ne pense à faire la révolution, à instaurer la République, encore moins à couper la tête de Louis XVI. Tous royalistes même Robespierre, alors petit avocat à Arras.

La seconde doléance, c’est la chasse.
A l’époque, seuls les nobles, les seigneurs, ont le droit de chasse. Ils en profitent. Ils cavalent à cheval avec leurs meutes derrière les cerfs et les sangliers, dans les forêts et aussi dans les champs en toutes saisons. Ils ont droit de chasse partout. Ils piétinent les récoltes, ça ne les gêne pas et les paysans ont la haine.
En mars 1789, des milliers de Cahiers demandent l’abolition du privilège de chasse. Ou son extension à tout le monde. Dans un village de Normandie nommé Bourvil (futur lieu de naissance du comédien) les paysans demandent le droit de chasser les lapins, tellement nombreux qu’ils bouffent tout, «le colza et les bonnes herbes». On en trouve la mention sur le Web
Le rapport avec l’affaire Gaymard, c’est le sens du territoire. En 1789, 90% des Français vivent à la campagne et leur territoire c’est la terre, les champs et les forêts. Les privilèges d’une minorité qui fait n’importe quoi, se comporte en terrain conquis avec ses canassons, font péter les plombs. Aujourd’hui 90% des Français habitent en ville et le territoire n’est plus le champ de blé, c’est le logement. Propriétaire ou locataire c’est pareil, il faut payer et cher. On sait que, loyer ou remboursement de crédit, le logement avale un tiers des revenus.
Ne pas payer le loyer, un loyer de luxe, ajouter qu’on «ignore le montant du loyer», est l'équivalent républicain du droit à piétiner les récoltes et perçu comme tel. Un droit de prédateur. Et puis, qui paye le loyer du duplex? L’Etat donc les impôts. Circonstance aggravante dans le cas Gaymard, il est ministre des Finances et c'est lui signe la lettre des feuilles d'impôts. Gaymard concentre à lui tout seul les deux headlines des Cahiers de Doléances de 1789.
Seul le média a changé : aujourd’hui il n’y a pas de Cahiers de Doléances. La presse les remplace.
Que devint le droit de chasse, dans la tempête de la révolution? Il succomba immédiatement et sans résistance. Les nobles y renoncèrent d'eux-mêmes la fameuse Nuit du 4 Août, la nuit de l'abolition des privilèges. L'Assemblée l'abolit une semaine plus tard et décréta l'ouverture de la chasse pour tous le 15 août.
Résultat : le 15 août 1789 vit un massacre d'animaux sans pareil dans l'histoire de France. Partout, les paysans posèrent des piéges et sortirent les fusils. On traqua le gibier partout, dans les forêts, jusque dans le parc de Versailles. Ainsi moururent les biches de Marie-Antoinette.
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