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« Tourville », premier roman déjanté d'Alex D. Jestaire. Tourville, le lieu de la fin du monde : dictature de la télé, porno hardcore, baston façon Tekken, pollution crade et maladies connnexes : la post-modernité en modèle réduit. Rencontre.

Bienvenue à Tourville
Dans « Tourville », premier roman fleuve un tantinet déjanté, Alex D. Jestaire bousille méthodiquement une ville du Nord pour tester les effets de la fin du monde sur les populations périphériques. Dictature de la télé, porno hardcore, baston façon Tekken, pollution crade et maladies connexes : l’auteur dégomme son modèle réduit de la post-modernité avec la joie sauvage d’un gamin qui explose son château de sable.
Rencontre avec un über-nerd anti-Spectaculaire qui égaye un peu la rentrée littéraire.
Faut le dire tout de suite, « Tourville », c’est pas de la jolie littérature pour midinette – disons que ça jure avec les tons un peu pastels du moment…
C’est vrai que j’ai un problème avec la plupart des auteurs contemporains. J’ai un pote qui résume assez bien la situation : il dit que fondamentalement, ce sont des gars qui écrivent des romans pour plaire aux filles… Moi, ce que j’aime dans la littérature, ce sont les auteurs qui font chier. J’aime les gens qui vont fouiller dans le cracra, dans les choses désagréables. Après tout, le but, c’est peut-être de changer le plomb en or, d’aller chercher les choses les plus affreuses pour les exorciser. C’est ça que j’ai voulu faire dans « Tourville » : prendre toute la merde – corruption, violence, télévision, porno, meurtres, suicides de masse, etc. – et en faire un bouquin sympa, plutôt drôle… Alors après, c’est vrai que « Tourville », c’est pas trop un bouquin qui va plaire aux filles…
Ton héros, Jean-Louis Nabucco, n’est d’ailleurs pas exactement un séducteur…
Jean-Louis, c’est un gars pétaradant. Il dit qu’il a pas peur de danser, qu’il a pas peur de tomber, qu’il a pas peur de dire ce qu’il pense, qu’il a pas peur d’être sale. Je me souviens qu’à la correction, la correctrice m’a envoyé un message pour me dire : "excuse-moi mais à un moment tu dis que Jean-Louis s’est chié dessus, donc il a de la merde collée au cul, et 20 pages plus tard, il n’est toujours pas rentré chez lui, il ne s’est pas lavé, il est toujours comme ça…" Et je lui réponds : "Ben oui, Jean-Louis, c’est un gars comme ça. Ce n’est pas trop sa préoccupation. Il est trop occupé à traquer le Spectacle, à filmer la fin du monde, il se prend pour un grand réalisateur".

Un monde 100% télévisé
Le livre est gavé jusqu’à l’excès de références culturelles : cinéma surtout, musique, télé et actu aussi. Tu penses que le monde est en train de crever d’une indigestion de médias de masse ?
Une des thématiques – extrême et un peu hardcore – que j’utilise dans le livre, c’est de dire que tout l’occident capitaliste aujourd’hui est une machine hypernazie. Une philosophe américaine a écrit que le fascisme n’était rien d’autre que l’industrie en roue-libre, en parlant de l’Allemagne hitlérienne. Aujourd’hui, on est dans une machinerie vampirique énorme qui mange des gens comme un feu mange du bois, et tout ça ne peut pas changer à cause du Spectacle. On est dans l’information tout le temps… On baigne dans un placenta…C’est comme ça qu’on a piégé nos têtes. Ce que Guy Debord démontre avant tout, c’est que le Spectacle est une machine de neutralisation parfaite. Quoi que tu dises, ça deviendra un bout de vrai dans le grand océan du faux. C’est ça qu’il y a dans « Tourville » : on peut pas vaincre le Spectacle, il va tous nous tuer.
Tu voudrais qu’on éteigne la télé et qu’on retourne à la terre ?
Le côté hippie, New Age, tout ça, je trouvais ça super, mais à la place on a réussi à nous vendre un truc très bizarre où on est tous enfermés dans des boîtes avec des petits écrans et on prend notre pied comme ça. Y a un problème avec la vie… On est à un tournant civilisationnel. On tend vers « l’homme-information », et plus « l’homme-corps »… Par exemple, y a des tonnes de boulots manuels dans lesquels on a besoin de gens, mais non, tout le monde veut faire du web design ou bosser pour la télé. C’est un problème. Je veux dire, au bout d’un moment, ce pays va pas pouvoir tourner exclusivement sur le Web. Il faut des gens pour s’occuper du monde physique, réel. Et si nous, les gentils cinéphiles de gauche, on continue de se couper du monde pour ne plus vivre littéralement que dans l’info, c’est des fachos, des gars robustes, qui vont prendre les rennes de la réalité. Parce qu’il y a une tendance à être facho, aujourd’hui, dans le monde rural et ouvrier… Faut pas laisser l’extérieur aux fachos.
« Tourville », d’Alex D. Jestaire ; Le Diable Vauvert ; 775 pages, 20 euros.
http://www.myspace.com/jestaire
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