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Les Sanson, bourreaux de père en fils

Smaëlb - 09.10.06

Alors qu’on commémore les 25 ans de l’abolition de la peine de mort, retour sur l'histoire des Sanson, la célèbre famille de bourreaux français.

Supplice
Charles Henri Sanson au boulot

Les Sanson tiraient peut-être leur force de leurs cheveux, mais ils ne se sont jamais contentés de scalper. Leur coup de lame tombait quelques centimètres plus bas, et ils furent bien aidés dans leur tâche par le progrès technologique. Depuis 1688, les Sanson coupent les têtes de père en fils.

Tout commence avec Charles Sanson, en 1675, qui fait la connerie de draguer la fille du bourreau de Rouen. Surpris par le père, impressionné par la salle de torture, il promet de se marier avec la jolie Marguerite pour éviter l'outrage divin. Il hérite du même coup de la charge de bourreau, un boulot auquel il ne se destinait pas: Pour sa première comme assistant, il tombe dans les pommes au moment de donner un coup de barre de fer au condamné. En 1687, devenu veuf, il monte à Paris avec son fils, Charles junior. Et, lignée familiale oblige, ll se remarie avec la fille du bourreau de Melun.

Suivront donc le petit Charles, qui aidait son père dès 14 ans, et qui aura le privilège de présider à la condamnation du célèbre bandit Cartouche, puis Charles Jean-Baptiste Sanson, né vers 1719, qui prendra la succession de son père, après une période de régence gérée par François Prudhomme, qui lui restitue la charge dès sa majorité en 1739.

Le plus cèlèbre de la famille, c’est le suivant, Charles Henri, dit le Grand. Facile, c’est lui qui a officié pendant la Révolution. Il démarre sa carrière en 1778, en tant que "bourreau de la Ville, Prévôté et Vicomté de Paris", mais il sera aussi bourreau officiel de la cour du Roy à Versailles. A son tableau de chasse, du VIP : Danton , Robespierre, Camille Desmoulins, Marie-Antoinette, Louis XVI...

Et puis surtout, Charles Henri est le premier bourreau de l'ère moderne. C'est à lui qui revient l'honneur de manipuler pour la première fois la guillotine, inventée par Tobias Schmidt, un fabricant de clavecin recyclé. Le 25 avril 1792, en place de Grève, Sanson lâche la corde, et le couteau (dont la forme a été choisie oblique, après un test sur deux moutons et trois morts) tranche parfaitement la tête du voleur Pelletier. C'était officiel: la guillotine faisait son entrée dans l'histoire.

2918 têtes plus tard, en 1795, las, Charles Henri cède sa place à son fils. En préretraite, il est toujours le bourreau officiel, mais ne fait plus d'exécutions jusqu'à sa mort en 1804. C'est son fils Henri qui le remplace pendant 30 ans, et il tuera notamment un innocent, le fameux Lesurques, condamné pour ressemblance physique dans l'affaire du courrier de Lyon.

Il sera le dernier à bien tenir le rang de la famille Sanson. Son rejeton, Henri-Clément, sera le dernier bourreau de la lignée. Avec son tempérament d'artiste, il n'est pas un adorateur des salles de torture et préfère de loin fréquenter les théâtres, les expositions et surtout les casinos. Criblé de dettes de jeu, il met sa guillotine chez un prêteur sur gages. L'Etat doit alors racheter l'instrument, et Henri-Clément sera révoqué en 1847, ce qui lui permet de se lancer dans "Sept générations d'exécuteurs. Les Mémoires des Sanson", une longue biographie familiale, parue en 1862 et encore disponible en bibliothèque et librairie.

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