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La fée verte est de retour

Smaëlb - 20.07.06

Samedi, c'est la fête de l'absinthe, et aucun risque de devenir fou !

Picasso, la buveuse d'absinthe
La Buveuse d'absinthe par Picasso, 1901

L'année dernière, l'absinthe faisait son retour en grâce, rendue légale par les autorités sanitaires, ayant constaté la disparition de la thuyone, la molécule soupçonnée de rendre dingue. Pourtant, jusqu'aujourd'hui, personne n'a pu démontrer formellement la toxicité de la petite dose de thuyone contenue dans la liqueur.

Les Egyptiens et les Grecs connaissaient déjà les vertus curatives, aphrodisiaques et créatives de l'herbe. C'est le docteur Pierre Ordinaire qui fabrique le premier de l'absinthe liquide, en 1792, dans sa distillerie de Couvet, près de Neuchâtel en Suisse. Sa liqueur d'absinthe comprend de l'anis, de la mélisse et de la camomille.

Sa boisson est d'abord destinée à soigner (fièvre, règles, tonus, douleur), puis, dans la deuxième partie du XIXème siècle, la mode en fait la boisson en vogue à Paris, sorte d'équivalent de la vodka-pomme aujourd'hui. L'absinthe devient “la fée verte“: Baudelaire, Toulouse-Lautrec, Verlaine, Van Gogh, Picasso, Edgard Poe s'en serviront pour y puiser l'inspiration ou simplement pour se coller une bonne rince. On note que cette période coïncide avec celle de la folie cocaïne. On imagine aisément les soirées cocktail à Saint Germain des Prés.

Devenue la boisson hype des mondains parisiens, l'absinthe n'a pourtant pas bonne presse partout. Dans la Bible et l’Apocalypse selon Saint Jean (déjà), Absinthe est le nom de la météorite qui s’écrase sur Terre et qui empoisonne les sources et cours d’eau. Dans L'Assommoir, la star nationale Emile Zola raconte une intoxication à l'absinthe.

En 1915, en pleine guerre, les ligues de vertus poursuivent leur campagne de dénigrement, s'appuyent sur des tests pseudo-scientifiques, embringuent les producteurs de vin agacés par cette concurrence, et un général de l'armée soucieux de voir ses soldats en bon état pour le combat. Forts de leurs soutiens politiques, ils réussissent à faire interdire l'absinthe.

Les prohibitionnistes français citaient souvent une sombre affaire de meurtre en Suisse, soi-disant causé par l'absinthe, devenue “l'alcool qui rend fou“. En 1905, Jean Lanfray, alcoolique notoire, a abattu sa femme et ses deux filles. On l'a retrouvé le matin gisant près des corps, deux verres d'absinthe à côté. Il fut démontré qu'il n'avait pas cessé de boire de la journée. Mais l'enquête s'est concentrée sur l'absinthe, interdite cinq années plus tard chez les Helvètes.

Dans la foulée, à l'instar du Canada Dry pendant la prohibition américaine, Pernod et les autres distilleurs d'absinthe se rabattent sur les alcools à l'anis, à moins de 30°. En 1932, une nouvelle loi autorise les boissons alcoolisées à 40°. C'est l'arrivée sur le marché de Paul Ricard. Le pastis est né.

Ce week-end, à Pontarlier (Doubs), haut lieu de l'absinthe, tout le monde jouera avec la fée verte, pour effacer cette réputation de pousse-au-crime. La mairie de la ville, qui compte trois distilleries, compte relancer le business: "Avec cette fête, nous voulons réhabiliter une boisson qui fait partie de notre patrimoine. La fée verte est une niche économique qui attend encore d'être comblée."

Des tonnes d'infos sur l'absinthe au musée virtuel de l'absinthe.

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