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China Miéville

JP Lentin - 23.02.06

En 4 romans, ce jeune écrivain influencé par le surréalisme a créé un nouveau genre de science-fiction, la "weird fiction".

mieville

Enfin, petit… Physiquement plutôt balèze. Matez la photo ! Son nom est improbable : China Miéville - le prénom lui vient de parents hippies, qui tenaient une headshop dans une banlieue de Londres. Crâne tondu, anneaux aux oreilles, ce jeune Anglais de 33 ans est non seulement l’auteur de quatre romans qui scalpent, mais aussi un diplômé en droit, avec une thèse publiée sur le marxisme et les relations internationales, un candidat trotskyste aux législatives britanniques, et un dingue de musiques urbaines underground !

Musicalement, King Rat, son premier livre (1998, traduction française prévue en 2006) est sidérant. Ambiance horrifique sur fond de drum’n’bass ! Cette adaptation déjantée du Joueur de flûte de Hamelin chez les hommes-rats des égouts de Londres est le seul et unique (à ma connaissance) roman total-junglist…

Et puis, dès le second bouquin, Perdido street station (2000, traduit l’année dernière), on se crashe dans un monde d’où, apparemment, on n’est pas près de sortir (les deux livres suivants s’y vautrent avec effroi et délice). Malvenue, donc, sur la planète Bas-Lag, dans la ville tentaculaire de Nouvelle-Crobuzon, mi-futuriste mi-déglingue. Malgré la vérole des mafias et des milices, un petit peuple cosmopolite y vivote. La force du livre, c’est l’incroyable imagination de Miéville pour inventer des monstres – hybrides sexy ou immondes de sapiens, d’insectes, d’oiseaux, de cactus ou de pelleteuses géantes… Et la mise en scène de leurs rapports ambigus.

« J’ai voulu que mes personnages aient une culture, et les cultures ne sont pas des ballons hermétiques, elles déteignent les unes sur les autres. Des individus de toutes races, pas seulement les humains, peuvent rejeter leur culture, ou se sentir décalés. »

Dans Les scarifiés (qui vient de paraître en France), on quitte cette mégapole pourrie pour traverser les grandes eaux sur une cité flottante et pirate. Question monstres, on va être servi, du giga-poisson en putréfaction aux traumatisantes femmes-moustiques, les créatures les plus angoissantes conjurées à ce jour par l’auteur (« Normal, commente-t-il, je hais les moustiques ! »). Les scarifiés est un grand roman de quête insensée, à la Moby Dick, où tout part en vrille à chaque chapitre – et les incertitudes macéreront jusqu’à la dernière page.

Miéville conjugue rêve et cauchemar, science-fiction et horreur (comme d’autres avant lui, notamment Dan Simmons – peut-être faut-il qu’aujourd’hui la fiction passe par l’épouvante pour nous faire bouger…). Et c’est sans doute rebelote avec son 4ème roman, Iron council, déjà paru en anglais. Le Miéville-mix n’a pas vraiment de nom, sauf, peut-être, celui que lui et quelques potes British ont concocté, weird fiction, fiction barrée… Ou alors new weird – les nouveaux zarbis !

Au fait, et Trotsky dans tout ça ? Disons qu’une certaine « haine du système » transpire de toutes ces histoires, mais que China Miéville est bien trop malin pour faire des livres ouvertement engagés. « J’ai mis un firewall entre mon écriture et ma carrière politique » dit-il, et si on le pousse, il avoue écrire « parce que j’ai une adoration passionnée pour les monstres ! »

China Miéville

Les scarifiés (Fleuve Noir, 24 euros) Perdido street station (Fleuve Noir, en 2 tomes, soit 40 euros… sinon c’est dans les 10 euros en poche, mais en anglais !)

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