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Roman de route qui ouvre sur cette citation de Kipling : "Il n'y a que deux sortes d'hommes dans ce monde : ceux qui restent chez eux et les autres."

L’autre jour au bureau, j’ai trouvé un livre couché sur mon clavier avec une dédicace :
Un jour (une nuit en fait) on a braqué ton bureau avec Bizot pour t’emprunter un ou deux bouquins. Je me fais pardonner en t’envoyant celui-ci.
C'était titré Gringoland et signé Julien Blanc-Gras. Blanc-Gras ? On avait collaboré un peu à l’époque de feu Nova Magazine. Pas une raison pour le lire. Des bouquins, j’en reçois une vingtaine par semaine. Mais fallait que j’aille aux toilettes, donc un truc à lire. On était mercredi, jour du Canard, mais j’avais déjà lu le Canard d'un bout à l'autre sans rire d'ailleurs. Le Canard, malgré (où à cause de) le tragique de la France 2005, n’arrive plus être aussi poilant qu’avant.
Dans l’intro de Gringoland, Blanc-Gras expliquait qu’il avait décidé de passer sa vie, toute sa vie, devant la télé. Ambition impossible hélas, car, s’aperçut-il, «la télé ne rend pas seulement con, elle rend surtout malheureux.»
Là dessus, il atterrit à Mexico sans empaffer de towers. Pourquoi Mexico ? On n’en sait rien et lui non plus. Pourquoi pas Mexico? "C'est pas une ville, c'est un monstre". Photo ci-dessous.
Comme toujours quand un Nordiste présentable voyage dans le Sud, le jeune Blanc-Gras se retrouve dans une party chez des friqués. Un homme d’affaires le saoule en lui parlant du développement capitalistique du Mexique d’aujourd’hui...
"...Mais on dirait que c’est pas ton truc le business…
- Bof, disons que je trouve ça chiant à mourir.
Je savais de quoi je parlais. J’avais fait des études dans ce domaine-là, je les avais même ratées. Et c’est vrai que j’étais plutôt du genre à constater que notre globo-capitalisme hardcore avait à eu près les mêmes effets partout. Les riches barbotaient dans leurs piscines toutes neuves pendant que les pauvres s’enfonçaient dans la merde. J’étais en ce moment même dans un bain de téquila, ce qui renforçait mon argumentation."
C’est la route. Des musicos, des potes, des filles, des zapatistes, des océans. Les voyages forment la jeunesse. Page 62, je m'aperçois que je ne décroche toujours pas de Gringoland mais que je bloque les chiottes de Nova. J’ai fini le bouquin le soir à la maison – malgré Shanghai Express de Sternberg sur CanalSat, avec Marlene Dietrich et (surtout) Anna May Wong.

Blanc-Gras, t’as eu raison de poser ton book sur mon clavier. Comme tu dis ou plutôt écris : "La vie, finalement, c'est que du ski nautique. On est tracté par une force qui nous dépasse dans un objectif un peu flou. Tout va bien tant qu'on glisse"...
Gringoland, de Julien Blanc-Gras, éd. Au Diable Vauvert, 245 p., 17,50 e. Sortie le 1er septembre.
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