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Ra-len-tis-sez

Léon M. - 14.06.05

Dans la vie comme en bagnole, quand on roule trop vite on va dans le mur. Face à l'accélération généralisée de tout, mauvaise pour l'individu et mortelle pour la planète, de plus en plus de gens disent : Vive le Slow !

Aux Etats-Unis, le mouvement Take Back Your Time (Reprenez le temps) réclame le retour aux horaires de travail du Moyen-Age. En ces temps-là, un jour sur deux ou trois était férié : on célébrait un grand saint, ou une cérémonie religieuse et il eut été inconcevable de zapper la procession, les rituels et la fête.

Au Japon, la revue Slow donne en exemple la province d’Iwate : frappée par le chômage, on s’y désolait jusqu’au jour où le gouverneur a eu une idée : arrêtons la course folle, les horaires de déments, retrouvons la vie. «Je veux qu’ici les gens rentrent tôt à la maison, se promènent en famille et bavardent avec leurs voisins.» La province d’Iwate s’est recyclée dans le tourisme vert.

Ralentissez

On retrouve ces anecdotes et quelques autres dans le nouveau numéro de la revue Nouvelles Clés : «Un vaste mouvement de revendication parcourt le monde. Son nom : Slow. Son moyen : le lâcher-prise.» Un dossier qu’avait déjà traité Courrier International, (N° 738 du 23 décembre 2004) avec notamment une interview de Carlo Petrini, fondateur de l’association Slow Food.

Ralentir : facile à conseiller aux autres, difficile à réaliser dans sa vie. Nous sommes tous happés dans la machine libérale et le principe de concurrence, accélérateur par sa nature même : si j’arrive à fabriquer mon produit en dix minutes de moins que mon concurrent, je lui mets une carotte et je rafle le marché. Il arrive même que, victime, on en redemande : certains sont quasiment accros au speed, à l'adrénaline et à l'agitation frénétique, comme à une sorte de coke dont ils ont d'ailleurs puissamment besoin pour assurer leurs deadlines de oufs. Une fois essoré, pour sauver sa santé mentale et physique, le réflexe naturel est ici la fuite éperdue, le «je plaque tout», la glande, le sabbatique, quitte à replonger dans le cyclotron social après avoir récupéré.

Non, pour s’en échapper vraiment et durablement, il faut s’élever à d’autres altitudes : celles, philosophiques et spirituelles, du «lâcher-prise». Pas plus facile pour autant, car là ce n’est plus seulement le temps, le taf et le boss qu’on se coltine, mais l’ego, ennemi encore plus sournois. Dans ce même numéro de Nouvelles Clés, une interview d’Arnaud Desjardins fait le point sur ce sujet douloureux et ouvre quelques voies.

Nouvelles Clés, numéro Eté 2005, 6 euros.

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